Les fenêtres ouvertes
« Lorsque Daniel sut que le décret était écrit, il se retira dans sa maison, où les fenêtres de la chambre supérieure étaient ouvertes dans la direction de Jérusalem; et trois fois le jour il se mettait à genoux, il priait, et il louait son Dieu, comme il le faisait auparavant. » Daniel 6.10
Le décret venait d'être signé. Pendant trente jours, quiconque adresserait une prière à un autre qu'au roi serait jeté dans la fosse aux lions. Daniel l'apprend, rentre chez lui, et fait exactement ce qu'il faisait la veille.
C'est le dernier membre de phrase qui porte tout le poids : comme il le faisait auparavant.
Daniel n'a rien changé. Il n'a pas prié plus fort en signe de protestation, ni en cachette pour se protéger. Il n'a pas non plus ouvert les fenêtres pour être vu — elles étaient déjà ouvertes, elles l'avaient toujours été. Le texte insiste : trois fois le jour, à genoux, tourné vers Jérusalem. C'était son habitude depuis des décennies.
Et c'est précisément ce qui rend l'épisode redoutable. Le jour du décret, Daniel n'a eu aucune décision héroïque à prendre. Il a simplement continué. Le courage n'a rien coûté ce jour-là parce qu'il avait été payé, un peu, tous les jours d'avant.
On imagine souvent la fidélité comme une chose qui se décide au moment de l'épreuve. Ce récit dit l'inverse : au moment de l'épreuve, on ne décide plus rien. On fait ce qu'on a l'habitude de faire. L'épreuve ne construit pas le caractère, elle le révèle.
Il y a une conséquence directe pour nous, et elle est inconfortable. La question n'est pas « que ferai-je le jour où il faudra tenir ? ». La question est : qu'est-ce que je fais aujourd'hui, alors que rien ne m'y oblige ?
Notez aussi ce que Daniel demande. Le texte ne dit pas qu'il a supplié d'échapper à la fosse. Il dit qu'il priait et qu'il louait son Dieu. Sous le coup d'une condamnation à mort, il rend grâce. Ce n'est pas de l'inconscience : c'est un homme dont la prière n'avait jamais dépendu des circonstances, et qui n'allait pas commencer maintenant.
Aujourd'hui. Ne cherchez pas à prier mieux. Cherchez à prier de la même manière demain, et le jour d'après. Ce sont les fenêtres qu'on laisse ouvertes tous les jours qui décident de ce qu'on fera le jour du décret.
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