« Et de corps et d'âmes d'hommes » : la marchandise que personne ne lit
Apocalypse 18 contient une liste. Une longue liste de marchandises, celles que les marchands de Babylone vendaient et dont ils pleurent la perte quand la ville tombe.
On y trouve l'or, l'argent, les pierres précieuses, le fin lin, la pourpre, la soie, le bois de senteur, l'ivoire, le bronze, le fer, le marbre, la cannelle, les parfums, le vin, l'huile, la farine, le blé, les bœufs, les brebis, les chevaux, les chars. Vingt-neuf marchandises en tout.
Et à la toute fin de l'énumération, comme si de rien n'était, ces mots :
« …et de corps et d'âmes d'hommes. »Apocalypse 18 : 13
La liste s'arrête là. L'Esprit ne commente pas. Il place les âmes humaines en dernière position d'un inventaire commercial, entre les chars et le deuil des marchands — et il passe à autre chose.
C'est l'un des versets les plus terrifiants de toute la Bible, et c'est aussi l'un des plus lus sans être vu.
Babylone n'est pas une ville
Pour comprendre ce commerce, il faut d'abord comprendre qui vend.
Babylone, dans Apocalypse 18, n'est pas une cité disparue de Mésopotamie. C'est un système, et il opère à trois niveaux en même temps : un système religieux corrompu qui mêle le sacré et le profane ; un système économique d'exploitation bâti sur la cupidité ; un système politique de domination des nations.
Apocalypse 17 : 5 la nomme « la mère des prostituées et des abominations de la terre ». Ce n'est pas une insulte poétique : c'est une filiation. Elle est la matrice des systèmes occultes, des religions de substitution et des structures d'asservissement spirituel.
Sa racine est en Genèse 11, à Babel, où des hommes ont voulu bâtir une structure indépendante de Dieu pour « se faire un nom ». Voilà l'essence du système babylonien : l'orgueil humain organisé contre Dieu. La même puissance a animé l'empire de Nebucadnetsar, qui a déporté Jérusalem et exigé l'adoration d'une statue sous peine de mort. Elle n'a pas disparu ; elle a changé de vêtement.
Ce que signifie qu'une âme soit une marchandise
Une marchandise a trois propriétés : elle a un prix, elle change de mains, et elle fait l'objet d'un contrat.
Dire que des âmes figurent dans l'inventaire de Babylone, c'est dire que ces trois choses leur arrivent. Qu'un prix leur est attribué. Qu'elles sont échangées, données en gage, transmises. Et qu'un accord — explicite ou hérité — tient l'échange.
C'est ce qui explique une chose que beaucoup vivent sans savoir la nommer : des personnes qui n'ont jamais rien signé, jamais rien demandé, et qui portent pourtant une entrave dont elles ne trouvent pas l'origine. Elles cherchent une faute dans leur propre vie et n'en trouvent pas de proportionnée. C'est normal : la transaction n'a pas eu lieu dans leur vie.
Mais voici le rapport de force réel
C'est ici que tout bascule, et c'est la raison pour laquelle je peux enseigner ce sujet sans faire peur à personne.
Babylone fixe un prix. Dieu en a fixé un autre.
« Ce n'est pas par des choses périssables, par de l'argent ou de l'or, que vous avez été rachetés… mais par le sang précieux de Christ, comme d'un agneau sans défaut et sans tache. »1 Pierre 1 : 18-19
Un contrat tient tant que personne n'a payé le solde. Le sang de Christ n'est pas une offre parmi d'autres sur le marché des âmes : c'est un paiement qui annule la créance. Les marchands de Babylone pleurent en Apocalypse 18 précisément parce que leur marché s'effondre — plus personne n'achète leur cargaison.
Ce n'est pas un combat entre deux puissances comparables. C'est une dette déjà réglée dont il faut signifier l'acquittement.
Ce que je refuse de faire avec ce sujet
Il faut que je dise cela, parce que ce thème attire ce qu'il y a de pire dans l'enseignement du combat spirituel.
Je ne désigne personne. Aucune de mes prières de délivrance ne se prie sur le nom d'un parent, d'un voisin, d'un commerçant. « Nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang » (Éphésiens 6 : 12). On annule un contrat dans l'invisible ; on n'accuse pas un visage.
Je ne fais pas peur pour vendre. Un enseignement sur les marchands d'âmes qui laisse le lecteur terrifié a échoué, même s'il est exact. Le but est la délivrance et la gloire de Dieu, jamais l'angoisse — et jamais la dépendance du lecteur envers celui qui enseigne.
Je ne fais pas de ce sujet une explication universelle. Tout n'est pas un contrat occulte. Il y a des pauvretés qui viennent d'une gestion, des maladies qui demandent un médecin, des relations brisées qui demandent un pardon. Spiritualiser ces situations ne les règle pas : cela ajoute la culpabilité à la peine.
Ce qui m'a conduit à ce chapitre
Je n'ai pas choisi ce sujet dans un livre. Il m'a été apporté un matin, par une de mes filles spirituelles, encore bouleversée par un rêve de la nuit.
Dans ce rêve, elle assistait à une scène de marché. Une chèvre tenue à la main. Et sa vie à elle, discutée, négociée, comme on marchande une bête — entre deux parties qu'elle reconnaissait. Elle s'est réveillée en pleurs et elle est venue chez moi avant même le lever du jour, pour comprendre.
Nous avons prié quelques minutes. Et c'est le Saint-Esprit qui a donné l'explication : il s'agissait d'une négociation spirituelle, un marchandage portant sur sa vie. C'est également lui qui m'a conduit au texte — Apocalypse 18 : 13 — que je connaissais depuis des années sans l'avoir jamais lu comme cela. « Et de corps et d'âmes d'hommes. » Ce n'était plus une ligne dans une liste : c'était la description exacte de ce qu'elle avait vu.
Je l'ai accompagnée dans trois jours de jeûne, selon ce que le Saint-Esprit avait indiqué, pour défaire ce qui avait été noué. Et je veux dire ici comment nous l'avons fait, parce que c'est aussi important que le résultat : nous n'avons prié contre personne. Pas un nom n'a été prononcé. Nous avons attaqué la transaction, jamais les personnes que le rêve montrait. Le rêve désigne un commerce ; il ne constitue pas un acte d'accusation contre des êtres humains, et le traiter ainsi aurait fait plus de mal que le mal lui-même.
C'est après cela que j'ai décidé d'enseigner sur ce sujet. Non pour effrayer les enfants de Dieu, mais pour éveiller leur conscience sur un marché dont ils ignorent l'existence — et sur le prix qui a déjà été payé pour les en retirer.
L'appel qui précède le jugement
On oublie souvent que le chapitre contient un ordre avant de contenir une sentence :
« Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés, et que vous n'ayez point de part à ses fléaux. »Apocalypse 18 : 4
Sortir vient avant la chute. La délivrance n'est pas seulement une prière qu'on fait ; c'est aussi une sortie qu'on opère — de certaines alliances, de certains commerces, de certaines dépendances que l'on sait très bien nommer quand on est honnête devant Dieu.
Le Lion de la tribu de Juda a vaincu, et l'Agneau a payé. Entre les deux, il n'y a pas de place pour un marchand.
Ce texte développe l'avant-propos et la première partie du livre « Mystères sur les Marchands d'Âmes — Révélations sur Apocalypse 18 » (18 pages), disponible dans la boutique.
Textes cités selon la version Louis Segond.