Pourquoi la nuit est un temps assigné
Beaucoup de croyants prient quand ils peuvent. C'est déjà bien. Mais l'Écriture suggère autre chose : que certaines heures sont assignées, et qu'une prière posée à son heure ne travaille pas comme une prière posée au hasard.
Ce n'est pas une idée mystique que j'aurais inventée. C'est une structure qui traverse la Bible, et que l'on finit par voir partout une fois qu'on l'a aperçue une fois.
Chronos et kairos
Les vingt-quatre heures d'une journée sont du chronos : le temps mesuré, celui de l'horloge, du soleil et de la lune. Il s'écoule de la même façon pour tout le monde.
Mais à l'intérieur du chronos, l'Écriture désigne des moments d'une autre nature — le kairos : des temps fixés, des heures où le ciel se penche. Le kairos naît quand l'éternité entre dans le temps mesuré.
Huit de ces moments jalonnent une journée complète : quatre pendant la nuit — 18h, 21h, minuit et 3h — et quatre pendant le jour — 6h, 9h, 12h et 15h. Trois heures chacun. Ce sont les huit veilles.
Les veilleurs ne restent pas
Ce qui m'a le plus frappé, en étudiant ce sujet, c'est que la relève existe.
Jacob l'a vue : « Une échelle était appuyée sur la terre et son sommet touchait au ciel. Et voici les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. » (Genèse 28 : 12) Ceux qui montaient avaient fini leur service ; ceux qui descendaient prenaient la veille suivante.
Daniel emploie le mot propre : « Le roi a vu l'un de ceux qui veillent et qui sont saints descendre des cieux. » (Daniel 4 : 23) Ceux qui veillent — les Veilleurs. Chacun a son heure et sa feuille de mission. Un ange affecté à la première veille n'est pas autorisé à rester pendant la deuxième.
Et Bethesda dit la même chose autrement : « Un ange descendait de temps en temps dans la piscine et agitait l'eau. » (Jean 5 : 4) Pas en permanence. À des moments. Celui qui n'était pas là à ce moment-là ne recevait rien — non parce que Dieu l'aimait moins, mais parce qu'il avait manqué l'heure.
Ce que cela dit de nos prières
Apocalypse 9 : 15 est le verset qui m'a définitivement convaincu : « Les quatre anges qui étaient prêts pour l'heure, le jour, le mois et l'année furent déliés. » Il y a donc une heure fixée où certaines puissances sont relâchées sur la terre.
Si cela est vrai dans un sens, c'est vrai dans l'autre. Il y a des heures où le ciel descend, et il y a des heures où les ténèbres s'activent. Le croyant qui dort pendant les unes et prie pendant les autres se bat à contretemps toute sa vie, sans comprendre pourquoi il est si fatigué pour si peu de fruit.
C'est pour cette raison que l'Écriture loue les fils d'Issacar : ils étaient « habiles à discerner les temps » (1 Chroniques 12 : 32). Pas les plus forts. Les plus avisés sur le temps.
Trois heures que je recommande d'apprendre d'abord
Il ne s'agit pas de prier huit fois par jour. Personne ne tient ce rythme, et ce n'est pas demandé. Il s'agit de savoir ce qui se joue à chaque heure, et d'en choisir une.
18h — l'entrée des veilles. C'est l'heure de la communion et de la consécration. « Lève-toi. Pousse des cris de gémissement à l'entrée des veilles de la nuit. Répands ton cœur comme de l'eau en présence du Seigneur. Lève tes mains vers Lui pour la vie de tes enfants. » (Lamentations 2 : 19) Si vous n'en gardez qu'une, gardez celle-là : elle couvre la nuit qui vient et confie les enfants.
Minuit — l'heure du combat. C'est l'heure de Paul et Silas, l'heure où les fondements de la prison ont été ébranlés. C'est une heure de guerre, et elle demande d'être réveillé pour de vrai, pas à moitié.
15h — l'heure du sacrifice et des portes ouvertes. C'est l'heure où Jésus a rendu l'esprit et où le voile s'est déchiré (Matthieu 27 : 50-51). C'est l'heure où le feu est tombé sur l'offrande d'Élie (1 Rois 18 : 36-38), celle où Pierre et Jean montaient au temple, celle où Corneille priait quand l'ange lui est apparu. Le voile est déchiré : on entre.
Mon heure, c'est minuit
Je ne tiens pas les huit veilles. Je tiens celle de minuit, et je la tiens depuis des années.
C'est l'heure du vrai combat. Pour un homme de Dieu, le combat spirituel est le plus grand défi du ministère — pas la prédication, pas l'organisation, pas même la fatigue : le combat. Et j'ai dû résister à beaucoup d'attaques grâce à cette heure-là.
Je ne dis pas cela comme une performance. Je le dis comme un fait d'expérience : c'est cette prière, tenue quotidiennement à minuit, qui fait que mon ministère tient debout contre les attaques de l'ennemi, visible et invisible. Les saisons où je l'ai laissée tomber, je l'ai su — pas par un raisonnement, mais parce que les choses se sont mises à peser.
Si vous devez en choisir une, je ne vous dirai pas forcément de choisir minuit : c'est une heure exigeante, et mal préparée elle use. Mais je vous dirai de choisir, et de tenir ce choix assez longtemps pour en voir le fruit.
Deux mises en garde
Ne faites pas de l'heure une superstition. Dieu n'est pas prisonnier d'une horloge, et il entend la prière du malade à 2h du matin comme celle du veilleur à minuit. Connaître les veilles n'est pas un code secret qui obligerait le ciel : c'est une intelligence du temps qui nous aligne sur ce que Dieu fait déjà.
Ne détruisez pas votre sommeil. J'ai vu des gens tomber malades à force de veilles mal conduites, et finir par abandonner toute prière. Commencez par une veille, une fois par semaine. Tenez-la trois mois. C'est infiniment plus fructueux que huit veilles tenues quinze jours puis abandonnées.
« Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation. »Matthieu 26 : 41
Veiller, dans la bouche du Seigneur, n'est pas un synonyme de prier davantage. C'est être éveillé au bon moment.
Ce texte reprend l'enseignement développé dans le livre « Les 8 Veilles de Prière — Les Secrets des 24 Heures pour le Combat Spirituel » (24 pages), disponible dans la boutique.
Textes cités selon la version Louis Segond.