Du fond de l'abîme
« Du fond de l'abîme je t'invoque, ô Éternel! Seigneur, écoute ma voix! Que tes oreilles soient attentives À la voix de mes supplications! » Psaume 130.1-2
Le psaume ne commence pas par une louange, ni par une confession, ni par une formule. Il commence par un lieu : le fond.
C'est important, parce qu'on nous a souvent appris qu'il fallait se mettre dans de bonnes dispositions avant de prier. Se calmer d'abord. Régler ce qui ne va pas, puis venir. Ce psaume-là entre dans le recueil par le bas, sans préparation, et personne ne lui a demandé de remonter d'abord.
Le mot traduit par « abîme » désigne les grandes eaux, celles où l'on ne touche pas le fond. Dans l'imaginaire hébreu, c'est le lieu du chaos, l'endroit exact où l'on est censé ne plus pouvoir parler. Et c'est de là que l'homme crie.
Voyez la construction des deux versets : quatre appels, coup sur coup. Je t'invoque. Écoute ma voix. Que tes oreilles soient attentives. À la voix de mes supplications. Il ne demande encore rien. Il demande à être entendu. C'est tout ce qu'il a la force de formuler, et le psaume le laisse tel quel — il n'a pas été réécrit pour paraître plus mûr.
C'est une permission, et beaucoup de croyants ne l'ont jamais reçue. Vous n'avez pas besoin d'aller mieux pour prier. Vous n'avez pas besoin de savoir quoi demander. « Écoute-moi » est une prière complète, et elle a sa place dans les Écritures.
Le psaume, lui, finira par remonter — il parlera du pardon, puis de l'attente du matin, puis de la délivrance d'Israël. Mais il met huit versets à y arriver. Personne n'a exigé qu'il le fasse en un seul.
Aujourd'hui. Si vous êtes au fond, ne remontez pas avant de prier. Priez de là où vous êtes, avec la seule phrase dont vous disposez. Le psaume 130 est entré dans la Bible en commençant comme ça.
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