Enseignement

Le jeûne que Dieu choisit

« Voici le jeûne auquel je prends plaisir: Détache les chaînes de la méchanceté, Dénoue les liens de la servitude, Renvoie libres les opprimés, Et que l'on rompe toute espèce de joug; Partage ton pain avec celui qui a faim, Et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile; Si tu vois un homme nu, couvre-le, Et ne te détourne pas de ton semblable. » Ésaïe 58.6-7

Le peuple à qui Ésaïe parle jeûne. Beaucoup. Et il se plaint : pourquoi avons-nous jeûné sans que tu le voies ? La réponse de Dieu occupe tout le chapitre, et elle est sévère : ils jeûnent en continuant d'exploiter leurs ouvriers.

Ce qu'il faut entendre, c'est que Dieu ne dit pas d'arrêter de jeûner. Il redéfinit ce que le mot recouvre. Le jeûne qu'il choisit comporte deux mouvements, et le texte les met dans cet ordre.

D'abord, défaire. Détacher, dénouer, renvoyer libres, rompre. Quatre verbes de libération, et ils sont tous transitifs : ils portent sur quelqu'un d'autre. Le premier travail du jeûne n'est pas de se priver, c'est de lâcher ce qu'on tient. Une dette qu'on pourrait annuler. Un employé qu'on paie mal. Une rancune qui sert de laisse.

Ensuite, donner. Partager le pain, faire entrer chez soi, couvrir celui qui est nu. Remarquez que c'est très matériel, et très domestique — « fais entrer dans ta maison ». Il ne s'agit pas d'un programme social. Il s'agit de votre porte.

Et la dernière ligne referme tout : « ne te détourne pas de ton semblable ». Le mot hébreu dit littéralement ta chair. Celui qui a faim n'est pas un cas ; c'est quelqu'un de la même chair que vous. Le jeûne biblique, c'est la privation qui vous rend cette parenté sensible.

Cela n'annule pas le jeûne alimentaire. Ne pas manger reste une école : la faim rappelle la faim des autres, et le corps apprend qu'il n'est pas le maître. Mais si le ventre vide ne débouche jamais sur une main ouverte, Ésaïe dit que Dieu ne le regarde pas.

La prochaine fois que vous jeûnez. Décidez d'avance ce que ce jeûne va libérer chez quelqu'un d'autre. Une dette, un salaire, une porte, un pardon. Écrivez-le avant de commencer, sinon le jour venu vous aurez faim et vous aurez oublié.

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