Déclaration de foi

Regarder ce qui ne se voit pas

« Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles. » 2 Corinthiens 4.17-18

« Nos légères afflictions ». Il faut savoir qui écrit cela. Deux chapitres plus loin, Paul énumère : les prisons, les coups, trois naufrages, une nuit et un jour passés dans l'abîme, la faim, le froid. Ce n'est pas un homme protégé qui minimise la souffrance des autres.

Alors pourquoi « légères » ? Parce qu'il pèse. Le verset est construit sur une balance : d'un côté l'affliction, de l'autre « un poids éternel de gloire ». Le mot hébreu qui a donné gloire signifie d'ailleurs littéralement poids. Paul joue là-dessus. Ce n'est pas que la souffrance soit petite ; c'est que l'autre plateau descend plus fort.

Et il ne dit pas que l'affliction sera compensée. Il dit qu'elle produit. Le verbe indique une fabrication. Ce qui vous écrase est en train de travailler à quelque chose — pas malgré la peine, par elle.

Puis vient la charnière : « parce que nous regardons ». Voilà la condition. Le poids de gloire ne se produit pas automatiquement dans la vie de tout homme qui souffre ; il se produit chez celui dont le regard est ailleurs. Deux personnes peuvent traverser la même épreuve et en sortir l'une amère, l'autre élargie. La différence n'est pas dans l'épreuve. Elle est dans la direction du regard.

Regarder l'invisible, cela s'apprend, et c'est un exercice, pas un tempérament. Cela consiste très concrètement à se rappeler ce qui est vrai quand ce qui est vrai n'est pas visible.

Aujourd'hui. Dites-le à voix haute, au présent, même si rien ne le confirme : Ce que je vis passe. Ce que Dieu bâtit demeure. Ce n'est pas une méthode pour se convaincre. C'est le geste de remettre le regard là où il doit être — et il faut le refaire chaque jour, parce que le regard retombe tout seul.

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