La maison balayée qui reste vide
C'est l'histoire la plus douloureuse de mon ministère, et je l'ai vue se répéter des dizaines de fois.
Une personne vient. On prie. Quelque chose cède — réellement. Elle repart allégée, elle dort pour la première fois depuis des mois, elle témoigne le dimanche suivant. Trois semaines passent. Puis deux mois. Et un matin elle revient, et c'est pire qu'avant.
Pendant longtemps, je n'ai pas su quoi lui dire. Aujourd'hui je sais, et la réponse était dans un texte que nous lisons tous sans l'entendre.
L'avertissement que personne ne cite
« Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti ; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s'en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; ils entrent dans la maison, s'y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. »Matthieu 12 : 43-45
Regardez les trois adjectifs : vide, balayée, ornée.
Balayée. Le nettoyage a eu lieu. Ce n'était pas une illusion, la délivrance était réelle.
Ornée. La personne va mieux. Elle est présentable, elle témoigne, elle sourit à nouveau.
Vide. Et c'est là que tout se joue. Personne n'habite. Rien n'a pris la place.
Le Seigneur ne dit pas que le ménage était mal fait. Il dit que la maison est restée inoccupée. Ce n'est pas la saleté qui rappelle l'esprit : c'est le vide.
Pourquoi nous nous arrêtons trop tôt
Parce que le moment où ça cède est le moment le plus émouvant de la veillée.
Il y a une libération sensible, parfois des larmes, parfois un cri. L'assemblée loue, la personne est épuisée et soulagée, l'heure est tardive. Tout, dans ce moment, pousse à s'arrêter — y compris le sentiment très sincère que le travail est accompli.
Il ne l'est pas. Il est à la moitié.
Dieu, en Ésaïe 22, ne s'est pas contenté de chasser Schebna. Il a appelé Éliakim, il l'a revêtu de la tunique, il lui a donné la ceinture, il a remis le pouvoir entre ses mains et il a posé la clef sur son épaule. Le poste a été pourvu avant que l'affaire soit close.
C'est pourquoi, dans mes vingt requêtes, les quatre dernières ne sont pas une conclusion de politesse. Elles installent. Et je demande qu'on les prie même quand on est fatigué, même quand on a le sentiment que c'est déjà gagné — surtout à ce moment-là.
Occuper la maison, concrètement
« Installer » n'est pas un mot mystique. Dans la vie d'une famille, cela se traduit par des choses très simples et très exigeantes.
Une place donnée à la Parole. Pas un verset le dimanche : une lecture tenue, même courte, même imparfaite, qui occupe un espace réel dans la semaine.
Une prière de maison. Le moment où l'on prie ensemble sous ce toit, à heure dite. C'est ce qui transforme un lieu délivré en un lieu habité.
Une appartenance. Une église locale où quelqu'un vous connaît, remarque votre absence et peut vous reprendre. La personne isolée est une maison sans portier.
Ce qui doit changer dans la conduite. Il y a presque toujours une porte pratique qui était restée ouverte : une relation, une habitude, un commerce, une parole. La délivrance ne dispense pas de la fermer. Elle en donne la force, elle ne la remplace pas.
Rien de tout cela n'est spectaculaire. C'est précisément pour cela que c'est négligé — et précisément pour cela que ça tient.
Un mot à ceux qui sont revenus
Si vous lisez ceci après une rechute, entendez bien une chose : votre délivrance n'était pas fausse. La maison avait bien été balayée. Le Seigneur lui-même le dit.
Ce qui a manqué n'est pas la puissance de Dieu, et ce n'est pas davantage la mesure de votre foi. C'est l'occupation. Et cela se répare — pas par une veillée plus longue ou plus forte, mais par une vie qui prend place dans la maison.
Ne cherchez pas un homme de Dieu plus puissant. Cherchez qui habite chez vous.
« Il la trouve vide, balayée et ornée. » Que l'on ne puisse jamais dire cela de votre maison. Qu'on la trouve occupée.
Ce texte développe le principe qui structure la fin du manuel de veillée « Je destitue tout gardien des ténèbres de la destinée de ma famille » : la destitution sans installation ne tient pas.
Textes cités selon la version Louis Segond.