Supplier ou exécuter : ce que trente ans m'ont appris sur la prière
Il m'a fallu des années pour comprendre pourquoi certaines prières, pourtant ferventes, tournent en rond.
Ce n'était pas une question de foi. Les gens que j'accompagnais croyaient. Ce n'était pas une question d'intensité : ils priaient fort, longtemps, parfois toute la nuit. C'était une question de position. Ils se tenaient devant Dieu comme des mendiants à la porte d'un tribunal, alors que l'affaire avait déjà été jugée.
Le jugement n'est pas à obtenir, il est écrit
« Que les louanges de Dieu soient dans leur bouche, et le glaive à deux tranchants dans leur main, pour exercer la vengeance sur les nations… pour exécuter contre eux le jugement qui est écrit ! C'est une gloire pour tous ses fidèles. »Psaume 149 : 6-9
Lisez la dernière ligne lentement. Le psalmiste ne dit pas « pour obtenir un jugement ». Il dit : le jugement qui est écrit. Le tribunal a siégé. La sentence est rendue. L'arrêt est signé du sang de l'Agneau.
Ce que le ciel attend, ce n'est pas un nouveau verdict. C'est un exécuteur.
La plupart des enfants de Dieu supplient un Juge qui a déjà tranché. Ils demandent l'autorisation d'une chose qui leur est déjà accordée, et ils s'épuisent à la demander encore, croyant que la répétition finira par fléchir quelqu'un. Mais Dieu n'est pas fléchi : il est déjà décidé. Ce qui manque, ce n'est pas sa décision — c'est quelqu'un qui se lève comme huissier de la cour céleste pour signifier l'arrêt.
La différence s'entend dans la voix
Je peux reconnaître les deux prières à l'oreille, et vous le pourrez aussi.
La prière qui supplie monte : elle appelle, elle insiste, elle revient à la charge. Elle dit « Seigneur, s'il te plaît », et elle le redit trente fois. Son ton est celui de quelqu'un qui espère être entendu.
La prière qui exécute descend : elle pose quelque chose. Elle dit « il est écrit », puis elle déclare. Son ton est celui d'un homme qui signifie une décision de justice — calme, parce qu'il n'a pas besoin de convaincre ; ferme, parce qu'il n'a pas de doute sur le texte.
La prière qui exécute n'est pas plus bruyante que l'autre. Elle est plus fondée.
C'est une distinction qui change tout dans la pratique. Celui qui supplie se fatigue, parce que son assurance dépend de son énergie. Celui qui exécute peut prier à voix mesurée pendant deux heures sans s'épuiser, parce que son assurance ne vient pas de lui.
Le texte d'abord, la déclaration ensuite
C'est pour cette raison que, dans mes manuels de veillée, chaque requête est bâtie en deux temps, toujours dans le même ordre.
D'abord le texte. Un ou plusieurs versets, cités intégralement. C'est le titre légal. Sans lui, la déclaration qui suit n'est qu'une opinion pieuse.
Ensuite la déclaration. Elle met le texte à exécution, dans une situation précise, au nom de Jésus.
Jamais l'inverse. Une déclaration sans texte est une prière qui s'autorise elle-même — et c'est exactement par là que le combat spirituel dérape, chez nous comme ailleurs : on se met à décréter des choses que l'Écriture n'a jamais dites, avec une autorité que personne n'a donnée.
Si vous ne retenez qu'une règle de tout ce que j'enseigne, retenez celle-ci : on ne déclare que ce qui est écrit.
Comment prier une requête, concrètement
Lisez le verset à voix haute. Ne l'enchaînez pas tout de suite. Laissez-le se poser dans votre esprit — quelques secondes suffisent, mais elles sont nécessaires : c'est le moment où le texte cesse d'être une formule pour devenir un fondement.
Puis prononcez la déclaration. À voix haute également, sans précipitation, comme un homme qui lit un arrêt, non comme un mendiant qui espère.
Et passez à la suivante. Ne revenez pas en arrière pour « mieux » prier une requête déjà priée. Un huissier ne signifie pas deux fois le même acte parce qu'il n'était pas content de son intonation.
La limite du mandat
Il faut poser la borne ici, parce que ce chapitre de la prière est celui qui dérape le plus vite.
Exécuter un jugement ne veut pas dire juger quelqu'un. Ce combat ne vise aucun être humain : « nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang » (Éphésiens 6 : 12). Vous jugez l'œuvre, jamais l'ouvrier.
Et la vengeance ne vous appartient toujours pas. « À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. » (Romains 12 : 19) Un huissier n'invente pas la sentence, il la signifie. Le jour où il commence à écrire lui-même les arrêts, il n'est plus huissier : il est faussaire.
Le but de l'exécution du jugement est la délivrance des captifs et la gloire de Dieu. Jamais la ruine d'un homme.
Entre supplier et exécuter, il n'y a pas une différence de ferveur. Il y a une différence de place. L'un se tient à la porte en espérant qu'on lui ouvre. L'autre entre, parce que la clef lui a été remise.
Il est écrit. C'est tout ce dont vous avez besoin pour vous lever.
Ce texte reprend l'ouverture du manuel de veillée « Exécuter le jugement qui est écrit », vingt requêtes de prière fondées sur le Psaume 149 : 6-9.
Textes cités selon la version Louis Segond.